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Elisa Larvego
Née en 1984 à Genève, Suisse
Etablie à Genève


Après son passage très remarqué à la LISTE 15, TMproject a le plaisir de présenter le travail d’Elisa Larvego (Genève, 1984-), lauréate du Prix d’Art de la Nationale Suisse 2010. Sous le titre Huerfano’s Faces sont regroupées deux séries inédites de travaux photographiques et vidéo.
Sur un air de Western postmoderne, l’artiste organise la rencontre improbable de deux tribus distantes et à priori antagoniques : les communautés hippies de la Huerfano Valley au Colorado et les amateurs de tir de la région genevoise. Ciel plombé sur les montagnes, néon cru des armureries, arbalète contre banjo, un double récit de résistance, d’autarcie, de convictions.
Intérieurs, portraits ou paysages, présentent des vues du quotidien presque banales en surface, mais qui créent une dépressurisation et aspirent irrésistiblement le regard du spectateur. Le cadre n’est jamais tout à fait frontal, on se glisse de biais dans l’image, on s’infiltre dans le réel. L’artiste tire un portrait enrichi, saturé d’éléments visuels, constellé d’informations parallèles, renforcé encore par l’apport des pièces vidéo.
A l’heure où la téléréalité et le photojournalisme privilégient le sensationnel et la célébrité passagère, une nouvelle génération d’artistes, comme Marie Voignier ou Mohamed Bourouissa s’approprie le territoire du documentaire, explore les limites entre la représentation et la fiction pour questionner la véracité et le pouvoir de l’image iconique.

 

Avec le soutien du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (Fmac)
Le projet Huerfano’s Faces a pu être réalisé grâce au soutien de la bourse 2010 du Fonds cantonal d’art contemporain de Genève (Fcac)



A propos de Huerfano’s Faces

« Mon travail photographique sur les communautés de la Huerfano Valley comporte trois branches distinctes : une partie est consacrée aux paysages de cette vallée, une autre aux ruines de maisons abandonnées par leur anciens habitants, et enfin une dernière est focalisée sur les portraits des actuels habitants, dans leurs lieux de vie. Pour la série « Funny Holes » je me suis principalement concentrée sur deux axes : les portraits contextualisés des tireurs et les photographies des espaces vides du stand de tir.
Dans cette exposition, l’accent sera mis sur l’humain et les portraits, que ce soit pour l’ensemble consacré aux communautés, ou pour le travail sur les stands de tirs genevois.
De toute évidence, dans mes portraits, les lieux sont souvent aussi importants que les personnes photographiées. Étant donné qu’ils sont toujours en lien avec le visage qui nous est montré, les espaces sont comme une autre face de ce visage, ils viennent compléter les apparences et apportent une lecture plus complexe au portrait. Je cherche à montrer des personnages dans leur contexte, en accordant autant d’importance à l’un qu’à l’autre.
L’accrochage de la galerie TMproject accordera une place prépondérante aux photographies et vidéos de « Huerfano’s Faces ». Dans ce projet sur les communautés hippies, je me suis focalisée sur le lien entre les habitants et leurs espaces de vie. Cette relation est fascinante à observer car le lien est très fort : ces personnes ont pour la plupart construit leur habitat elles-mêmes, dans une totale liberté. Néanmoins, les constructeurs ont souvent été contraints par des budgets très limités. C’est très étonnant de voir des maisons de deux étages, bâties avec seulement 250 dollars ! Il y a aussi des maisons qui ont connu plusieurs habitants, avec différentes étapes de construction. Pour la majeure partie, les habitats ne sont plus les mêmes que ce qu’ils étaient dans les années 70, ils ont souvent subi quelques améliorations et agrandissements. Cependant ils conservent aussi cet aspect non-fini, il y aurait toujours un clou à replanter, ou un coup de peinture à terminer… Mais ce sont des maisons très habitées et personnalisées, et c’est pourquoi ces lieux prennent tout leur sens dans ce travail de portraits photographiques. Ils sont comme un reflet de leur personnalité, et même dans les intérieurs les plus minimalistes, ils parlent de ces êtres qui les habitent.
Dans ma série « Funny Holes » je me suis intéressée à la relation entre les pratiquants du stand de tir et les espaces où ils viennent tirer. Ce n’est pas la même relation qui s’installe car ce sont des espaces qu’ils fréquentent seulement temporairement, et qu’ils ne peuvent s’approprier, excepté en y laissant leur empreinte grâce à l’impact des balles. Ce sont souvent des lieux impersonnels et fonctionnels, évoquant les stéréotypes du stand de tir. Cependant ils influencent la manière d’être et de poser des personnes que je photographie. Alors que dans mon travail sur les communautés, ce sont les gens qui ont composé et organisé l’espace dans lequel ils sont représentés, dans ces stands de tirs ce sont à l’inverse les lieux qui composent les personnes et leurs façons d’être. Mais ce sont des espaces fondateurs d’une certaine communauté, ou en tout cas d’un regroupement de personnes réunies par la même pratique.
Le thème de la communauté ne sera pas abordé de façon attendue, en effet les portraits sont pour la plupart des images d’individus isolés et non pas de groupe d’individus. Cela paraît moins étonnant dans le cadre des photographies de tireurs car c’est une pratique solitaire et très individualisée. C’est par contre plus surprenant dans le contexte des communautés hippies, de montrer uniquement des portraits de personnes isolés. C’est pourtant solitairement qu’ils passent une grande partie de leurs temps, et c’est aussi un des choix important qu’ils ont fait en s’installant et en demeurant dans ces régions : accepter l’isolement que cela représentait. Depuis les nombreux départs des anciens habitants, mais aussi de tous les enfants devenus adultes, la vie communautaire n’est plus aussi importante que dans les premières années. Doit-on donc parler d’un certain échec de ces communautés ? Personnellement ce n’est pas en ces termes que je souhaite aborder ce sujet. C’est par des échanges individuels que j’ai rencontré ces personnes, et c’est donc ainsi que j’ai choisi de les représenter : comme des individus qui ont voulu se regrouper dans une idée de partage de leurs propriétés et non pas dans une idée de partage de leurs libertés personnelles et individuelles.
Pour l’exposition d’octobre 2010 j’ai choisi de regrouper ces deux projets car ce sont deux univers à la fois très différents mais néanmoins tous deux créateurs d’un certain regroupement. Dans le travail sur les stands de tir, j’ai pu pénétrer dans des lieux et rencontrer une communauté qui m’intrigue autant qu’elle m’effraie, tandis qu’en allant dans ces communautés du Colorado j’ai pu revisiter un autre temps, une autre époque où les utopies étaient encore envisageables. On pourrait ajouter que dans le monde des tireurs il y a le désir de destruction, partielle ou totale, alors que dans le monde des hippies et des beatniks il y a le rêve d’une autre forme de construction et de création.
En ce qui concerne le travail sur la Huerfano Valley, l’exposition comprendra, en complément des portraits photographiques, trois portraits filmés de certains personnages rencontrés dans ces communautés. Ceci permettra aux spectateurs de mieux situer ces gens et d’avoir une meilleure idée du contexte de prise de vue photographique. Ces portraits filmés seront composés d’un assemblage d’entretiens et de scènes de vie quotidienne, ils seront montrés en boucle sur trois moniteurs différents. Je reprendrai ainsi l’idée du portrait photographique en conservant un écran par personnage représenté. Il me semble important de montrer ces images en mouvement dans mon exposition afin d’apporter une dimension supplémentaire à mon travail photographique. »
Elisa Larvego